Thozée

Histoire du nom " Thozée "

Au XIIe siècle, on trouve mention d’une villa Toscias qui reprend vraisemblablement le nom d’une ancienne villa romaine.
Au XIVe siècle, il est fait mention de Toséee, Tosée (1315), Thozées (1330), Thosée (1332). Au XVe siècle, la graphie de Thozée apparaît (l8 juin 1472, Archives des Henry de Faveaux). Comme la ville voisine de Fosses, Thozée a longtemps fait partie de la Principauté de Liège. Avec la commune de Mettet et le village de Scry, elle constituait une seule entité sous le nom de Communauté de Mettet-Thozée et Scry. Celle-ci était partagée en deux seigneuries : celle de Mettet-Thozée et celle de Scry.  Jusqu’à la fin de l’ancien Régime, la seigneurie de Mettet-Thozée fut presqu’en permanence placée sous l’autorité des Princes-évêques de Liège. Elle était le siège d’une haute Cour échevinale de justice.

  
L’architecture du château de Thozée

Les bâtiments actuels sont relativement récents. La construction, entamée en l708, transformait d’anciennes fondations remontant au XVe siècle. On ne connaît pas la physionomie des bâtiments avant le XVIIIe siècle.
Dans Le Patrimoine monumental de la Belgique, (Liège, 1975, volume 5, tome 1, p. 438), nous en trouvons la description suivante :
" Construction néo-classique en briques et pierres bleues sur soubassement de moellons, dont le plan en U reprend sans doute une disposition ancienne comme le suggère à la face arrière de l’aile sud une porte datée de 1703 (Erreur! La date exacte est 1708) sur le linteau droit. Toitures d’ardoises. Disposée autour d’une cour irrégulière, ferme en moellons de grès et de calcaire autrefois chaulée, composée d’étables au nord du logis et d’une grange en long au sud. A gauche de l’habitation, étables transformées, qui remontent sans doute au XVIIIe siècle.. Accès à l’ouest, par un porche en 
Le style actuel du château de Thozée se rapproche de celui des gentilhommières françaises, avec ses bâtiments de ferme accolés au corps de logis.

Dans Le Patrimoine monumental de la Belgique, (Liège, 1975, volume 5, tome 1, p. 438), nous en trouvons la description suivante :"Construction néo-classique en briques et pierres bleues sur soubassement de moellons, dont le plan en U reprend sans doute une disposition ancienne comme le suggère à la face arrière de l’aile sud une porte datée de 1703 sur le linteau droit. Toitures d’ardoises. Disposée autour
d’une cour irrégulière, ferme en moellons de grès et de calcaire autrefois chaulée, composée d’étables au nord du logis et d’une grange en long au sud. A gauche de l’habitation, étables transformées, qui remontent sans doute au XVIIIe siècle.. Accès à l’ouest, par un porche en briques et pierre bleue aux armes des Faveaux ".

Eléments classés comme site

Le site du château de Thozée (19 hectares) est remarquable à plus d’un titre. D’abord, parce qu’il fut intimement lié à la vie, à l’oeuvre et à la pensée de Félicien Rops. Pendant les vingt années où il séjourna à Thozée, avant son exil à Paris et lors de ses nombreux retours pour raisons familiales, c’est tout autant la nature qui l’entoure que le château lui-même qui marqua la vie du peintre." Alors que la vie mondaine le fascine et que Paris l’envoûte, la nature s’offre comme un refuge où la douleur de la vie sociale s’estompe dans la contemplation de ce qui fut de toute éternité. (...) Le paysage occuperait pour Rops une place particulière qui ne se définirait pas dans une opposition avec son oeuvre critique – érotique ou satanique – mais dans une relation de complémentarité sous le couvert d’un même désir de modernité. A la critique de l’instant répond la jouissance de l’éternel dans la durée. "

(Michel Draguet,  Rops et la modernité, Editions IPS et la Communauté française, 1991)

Lieux et moments privilégiés pour Rops sans doute que ces contacts avec la nature, mais ils ne sont pas pour autant isolés de la société de l’époque. Avec beaucoup de clairvoyance et dans son style très caustique, Rops y découvre et y dénonce là aussi, les moeurs de son temps.

Aujourd’hui les grands bois " sourds " dont nous avions le respect et qui m’avaient vu grandir, qui me donnaient de grandes poignées de branches aux vacances, sont envahis et déshonorés par les chasseurs du dimanche de la rue de la Madeleine, chasseurs en jaquette vert-pomme et en gants de Suède. Pas un ne sonnerait " le bien aller ", mais en revanche ils manqueraient un lièvre au déboulé. Les sangliers solitaires, bêtes de compagnie ou marcassins honteux d’être chassés par ces gens sans mollets et troublés par les chansons d’Offenbach et les bouchons de champagne, se sont retirés la rougeur à la hure dédaignant des ennemis où il n’y a pas de place pour un brave coup de boutoir. (...) 
Aussi lorsqu’ils (les braconniers) ont vu venir – après l’adjudication des chasses décidée par les communes – ces fils de bourgeois, dédaigneux, le monocle à l’oeil, parlant gras, marivaudant avec les filles, s’emparer des forêts d’Ardenne, de la Sambre à la Semois, quelle belle levée de sabots dans les paroisses! (...) 
Braconnier ne puis.
Chassaillon ne daigne.
Peintre je suis ? 
Et voilà comment je me suis fait paysagiste
. "

(Extrait d’une lettre de Rops à Octave Pirmez, 1864)

Le site du château de Thozée est indissociablement lié au château et à la ferme : c’est dans un lieu étroit entre le château et la ferme que s’est construite l’organisation du parc et des jardins potagers et d’agréments. L’entrée du château, c’est l’entrée de la ferme. On y accède par trois belles drèves d’essences différentes : de marronniers faisant face au portail d’entrée, de tilleuls à gauche et de hêtres à droite. La cour de la ferme, fortement arborée est elle-même une véritable prolongation du parc.
La grange s’avance dans la drève de hêtres et dans le parc. Une partie importante de celui-ci est constituée d’anciens vergers et pâtures qui trouvent naturellement leur place dans ce lieu où la vie de la ferme est tellement proche de la vie du château.
Le jardin et les étangs méritent une attention particulière. D’un jardin à la française strictement axé sur la médiatrice de la façade du château et sur la limite ouest d’un bocage boisé, il s’est transformé en un jardin anglais, plus romantique, où les matériaux durs (vasques, balustrades, bancs,...) se mêlent aux sculptures végétales des ifs.
Le grand étang alimenté par un bief aujourd’hui à l’abandon a été soigneusement positionné en contrebas des jardins pour servir de miroir à la façade sud du château.
Enfin, riche d’arbres remarquables (chênes, ormes, hêtres, tilleuls, marronniers,...) prolongé par un bocage de belle valeur, le parc du château de Thozée constitue un élément paysage marquant de la campagne de Pont-au-Ry. Il prolonge le village par un massif boisé de près de 500 mètres de long, vaste avancée verte dans les grandes étendues agricoles. Le site, visible de divers lieux, est particulièrement remarquable lorsqu’on le perçoit depuis la ferme de Bûre. Il met ainsi en valeur un paysage caractéristique de cette région de l’Entre Sambre et Meuse qu’est la Thiérache.

Eléments classés comme ensemble architectural

La ferme se compose de huit corps de bâtiments. Ils se distinguent par leur forme, leur implantation et leur organisation interne (étable, grange, logis...) mais par le gabarit général et les matériaux (moellons, brique, pierre de taille), ils constituent autour de la cour un ensemble particulièrement harmonieux. S’ouvrant uniquement sur la cour, ils présentent une façade aveugle vers l’extérieur, à l’exception du portail d’entrée et de la grange. La structure est " imperméable " et " centripède ", la cour focalisant tous les flux au détriment de l’environnement extérieur, auquel la ferme tourne littéralement le dos.
  
Dans Le Patrimoine monumental de la Belgique, (Liège, 1975, volume 5, tome 1, p. 438), nous en trouvons la description suivante :" Précédé d’une drève de marronniers et d’une ferme du XIXe siècle à l’abandon, château des XIXe et XXe siècles enduit et agrémenté à l’arrière de jardins à l’anglaise. Construction néo-classique en briques et pierres bleues sur soubassement de moellons, dont le plan en U reprend sans doute une disposition ancienne comme le suggère à la face arrière de l’aile sud une porte datée de 1703 sur le linteau droit. Toitures d’ardoises. Disposée autour d’une cour irrégulière, ferme en moellons de grès et de calcaire autrefois chaulée, composée d’étables au nord du logis et d’une grange en long au sud. A gauche de l’habitation, étables transformées, qui remontent sans doute au XVIIIe siècle.. Accès à l’ouest, par un porche en briques et pierre.

Eléments classés comme  monument

Le château et la tour-porche

Le château est formé de trois ailes disposées en U et délimitant une cour intérieure régulière pavée, fermée du côté de la ferme par une grille. L’aile principale, située face à l’entrée de la cour, présente une façade symétrique axée sur le perron. Son volume surplombe celui des deux ailes latérales, dont le gabarit correspond à celui des bâtiments de la ferme auxquels elles se raccordent.
Contrairement à la ferme, les corps de bâtiments présentent ici une double orientation, vers la cour d’un côté et vers le jardin de l’autre (à l’exception de l’aile gauche, donc la façade arrière est aveugle, en raison de l’orientation et de la pente du terrain). La structure du château est donc globalement " perméable " et " centrifuge ", le rapport avec l’environnement prévalant sur celui avec la cour.

Le décor intérieur

Tout le décor intérieur est intéressant car, hormis quelques éléments contemporains (téléphone, télévision, radio...) qui y marquent la continuité de la vie, l’atmosphère générale y est toujours véritablement XIXe siècle. On sent une nette différence avec les ensembles XVIIIe ou XIXe muséalement reconstitués. A Thozée, la vie n’a jamais été absente et une émotion de vécu s’ajoute à l’émotion purement esthétique que l’on peut ressentir lors de la visite des lieux. L’ambiance n’est évidemment pas représentative du Rops parisien, mais vraiment celle qu’il a connu dans les premières années de son mariage et qu’il retrouvait lors de ses retours au pays natal. 
Cinq pièces et un couloir ont été classés pour leur aspect intérieur.
1. Le salon central avec son plancher, sa cheminée, ses stucs et ses boiseries est typique du décor des salons du XVIIIe siècle tel qu’il s’est prolongé dans le cours du XIXe siècle. Les murs sont décorés de nombreux tableaux de Rops et de son époque.
2. Le salon de musique avec sa cheminée, ses boiseries nombreuses et ses stucs est à la fois salon de musique et bibliothèque. Celle-ci est représentative des préoccupations intellectuelles et spirituelles de la famille Rops.
3. La chambre bleue avec sa cheminée d’angle et son lit à baldaquin servait de chambre d’ami. Baudelaire y dormit lors de son séjour à Thozée et, hormis quelques ajouts contemporains, témoignages de son utilisation actuelle, le décor est toujours celui qu’a connu le poète.
4. La salle à manger. Plus tardive, elle pourrait paraître moins intéressante. Elle est cependant représentative du type de salle à manger de la bourgeoisie de l’époque avec ses meubles lourds, ses boiseries, ses tentures et son plafond peint par Lambrichs, un ami de Félicien Rops.
5. Le salon vert, avec ses boiseries (portes, cheminée, fenêtres et horloge encastrée) forme un ensemble harmonieux qui mérite d’être préservé également.
Le grand couloir du rez-de-chaussée : très sobre, il donne accès aux différentes pièces précitées et ne pourrait être modifié sans nuire gravement à l’harmonie intérieure de l’ensemble.

Projets de restauration

Afin de sauver le château de Thozée du délabrement, de la ruine et de l’oubli, notre programme, suivant les voeux d’Elisabeth Rops, s’appuie sur les potentialités du lieu et la richesse de sa structure.  Le château constitue le point d’orgue du domaine. Ses qualités, tant formelles qu’historiques ainsi que les précieuses archives qu’il contient en font le lieu idéal pour un centre d’études et de recherches axé sur Félicien Rops et son époque. La disposition des lieux et leur rapport au paysage inspirent le calme et le recueillement. Ils sont particulièrement propices à la tenue de séminaires, de colloques et autres activités culturelles. La ferme, composée d’éléments morphologiquement distincts organisés autour d’une cour arborée, est particu-lièrement adaptée pour accueillir des artistes, chercheurs ou écrivains dont l’activité nécessite un lieu de travail et un cadre propice à la création. La durée de leur séjour dépendrait du nombre de candidats, de leurs objectifs artistiques et des bourses qu’ils auraient reçues pour couvrir les frais de leur " résidence ". Au delà de son intérêt historique et artistique, c’est le charme et la tranquillité de cette gentilhommière, dans un environnement resté intact, qui en feraient un superbe et insolite lieu de travail. Un tel programme offre, par sa souplesse, la possibilité d’adapter le rythme de sa mise en œuvre à celui de la restauration des différents bâtiments.