Textes divers

Mon père, en grand peine, qui était un négociant sérieux pignonnant sur rue, avait invité les fées sages. Au moment où la plus âgée s’approchant de moi pour me doter, à son grand étonnement, on entend les grelots de rires et chansons dans l’escalier et un troupeau de belles filles munies de nez retroussés et de cheveux au vent font irruption dans l’appartement : c’étaient les fées folles, invitées secrètement par ma grand-mère, une Espagnole spirituelle.
La vieille fée me jette un regard, s’avance et me touche de sa baguette et me dit :
Tu aimeras la pudeur
Et les mollets des filles.
Toutes les fées folles ou sages en me touchant se mirent à me gratifier à tort et à travers :
Tu aimeras la sobriété
Tu ne te griserais jamais
Que deux fois par semaine.
Mais ce que tu ne sais pas, c’est que je suis presque fier d’être ainsi et non « aultre ».
Vertueux ne puis
Hypocrite ne daigne
Rops je suis.

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Tu aimeras la gloire
Et les danseuses de l’Opéra.
Alors toutes les fées folles et sages en me touchant se mirent à me gratifier à tort et à travers :
« – Tu ne te griseras jamais.
– Que deux fois par semaine !
– Tu aimeras la solitude.
– Et le bal de l’Opéra !
– Tu aimeras la gloire.
– Et tu ne feras rien pour elle ! »
Etant ainsi reçu à mon entrée dans le monde, je bénis les fées toquées et les fées sages en pensant :
Rops je suis
Aultre ne veulx estre.
Et du coup, je tins ma devise.

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Le soir, ce Danube énorme apporte des fraîcheurs attiédies. Ses vagues viennent frôler ses rives avec des froufrous et l'on entend comme des bruits de baisers donnés à la Terre. L'Homme-fleuve des vieilles mythologies se sent. Il sort de lui quelque chose d'allanguisant et de voluptueux qui se lit dans les yeux noyés des femmes dans leurs poses molles, dans leur parler plus doux. Jamais cette belle langue magyare n'est plus caressante qu'à l'heure des premières étoiles. Toutes ces douceurs vous pénètrent et l'on comprend le mot. Pesth est la première ville d'Orient. C'est un enfant que l'Asie a poussé en Europe le plus loin qu'elle a pu. Quoi qu'on ait fait, il a gardé les traits et les souvenirs de sa mère, qui pendant le nuits d'été revient encore lui parler tout bas et le baiser ai front.

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S'il voit que vous vous intéressez à ce qu'il raconte sur son instrument, il vous suit, vous sourit, vous caresse de l'œil ; il se penche sur votre épaule, se met dans votre poche, vous fourre son violon dans l'oreille.

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Erre en paix longtemps, Eternel Indompté ! reste encore quelque temps sur terre pour le plaisir de nos yeux et la joie de nos âmes, fatigués de conventions, de convenu et de convenable ! Rends-nous toutes les belles Folies et toutes les grandes Ardeurs remontées au Ciel avec les Dieux. Dis l'Amour, la Gloire, le vieil Honneur ! Célèbre encore avec moi, frère, dans ce coin perdu de la Pusta où les "Réguliers" ne peuvent nous entendre. Toutes les nobles passions qui ne servent à rien, heureusement, sans cela ils y auraient ajouté de la vapeur ! Et surtout ! n'essaye pas de devenir "Honnête" ! J'ai beaucoup vécu avec les "Honnêtes Gens" et j'ai failli le devenir. Nos cœurs d'artistes, vois-tu, à côté des leurs, sont purs comme les flots du Danube et comme les yeux de tes beaux enfants. Les "Honnêtes Gens", crois-moi, sont plus plats, plus serviles, plus lâches que les autres, et il sont moins honnêtes !

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"Séville, avril 1880.

L'Homme, l'animal et le sol sont ici du même bloc, de la même tonalité, de la même matière. "C'est d'ensemble". (...) Et il faut qu'ils soient ainsi pour bien refléter ces grands paysages apocalyptiques d'où jaillit un jour Sainte Thérèse, comme la flamme du silex, et qui semblent n'avoir jamais été fécondées que par le Semeur d'Ivraie de la croyance catholique."