Félicien Rops (1833 - 1898)

1833 
Naissance le 7 juillet, à Namur, de Félicien, fils unique de Nicolas-Joseph Rops et Sophie Maubille. Le père fait commerce d’indiennes, des tissus imprimés « aux couleurs de l’arc-en-ciel » par des procédés analogues à ceux de l’impression sur papier. Il est passionné de floriculture et de musique. On le dit ami du violoniste Charles-Auguste de Bériot. 

1843 


Après avoir suivi l’enseignement de précepteurs particuliers, Rops est inscrit chez les Jésuites, au collège Notre-Dame de la Paix de Namur. J’y ai appris un tas de choses inutiles qui ont fait le charme de ma vie, écrira-t-il. 

1848 


Elève doué, particulièrement en latin, il se plaît à caricaturer ses professeurs. 

1849 


A la mort de son père, le 7 février, Félicien est placé sous l’autorité d’un tuteur, son cousin Alphonse Rops, échevin à Namur, avec qui il ne s’entendra jamais. En juin, Rops quitte le collège des Jésuites pour poursuivre ses études à l’Athénée de Namur. Il est également inscrit à l’académie des Beaux-Arts de Namur où il suit l’enseignement de Ferdinand Marinus, un maître qui sut insuffler à ses élèves moins l’idéal romantique dont il était devenu un des chantres, que l’amour de la nature et du paysage mosan. Nombre de ses élèves contribueront à l’éclosion du paysagisme belge dans la seconde moitié du XIXe siècle. 

1851 


Rops s’inscrit à l’Université libre de Bruxelles pour une candidature en philosphie, préparatoire au droit. Il y retrouve plusieurs amis namurois et noue de nouvelles relations dont une, capitale, avec l’écrivain Charles De Coster. Il trouve rapidement sa place parmi les cercles étudiants les plus actifs : la « Société des Joyeux » et le «Cercle des Crocodiles». Il en devient le dessinateur attitré et s’initie avec talent à la lithographie. 

1853 


Rops s’inscrit à « l’atelier libre Saint-Luc », un autre des centres de ralliement de la bohème bruxelloise où s’échangeaient les idées d’avant-garde et mûrissaient les ferments du réalisme. Il y rencontre Artan, Dubois, Charles De Groux, Constantin Meunier…, futurs tenants du réalisme en Belgique. 

1856 


Depuis sa majorité, Rops dispose d’une bonne partie de l’héritage de son père. Il en vit largement et fonde son propre hebdomadaire, « L’Uylenspiegel, journal des ébats artistiques et littéraires». Il regroupe ses lithographies en série, dont le titre général correspond chaque fois à une thématique. Il finira par aborder le domaine du politique, que semblait exclure le sous-titre du journal, et compose des suites intitulées La Comédie politique, La Politique pour rire. Un état d’esprit qui l’amènera à collaborer avec « Le Grelot », « Le Corsaire » ou « Le Charivari belge ». C’est pour ce journal qu’il produira La Médaille de Waterloo (1858). 

1857 


Le 28 juin, Rops épouse Charlotte Polet de Faveaux, fille d’un juge au tribunal de Namur. De ce mariage naîtront Paul (1858-1928) et Juliette (1859 -1865). La famille se partagera entre Namur et le château de Thozée, propriété des Polet de Faveaux dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, avant de se faire construire un hôtel avenue Louise à Bruxelles. Cette même année, paraît dans le journal français « Le Rabelais » un article élogieux consacré à « L’Uylenspiegel » et à Rops lui-même. L’auteur en est le célèbre journaliste, Alfred Delvau. Celui-ci s’activera à introduire le jeune artiste belge auprès des « gens qui comptent » à Paris. 

1858 


1858 Pour l’éditeur parisien Hetzel à Paris, Rops illustre les Légendes flamandes de son ami et complice à « L’Uylenspiegel », Charles De Coster. Il amorce ainsi un virage important dans sa carrière en passant de l’illustration de journaux à l’illustration de livres, délaissant progressivement la lithographie pour la gravure à l’eau-forte. 

1862 


Rops cesse sa contribution à « L’Uylenspiegel ». Il étudie l’eau-forte en autodidacte. A Namur, il fonde le « Cercle nautique de Sambre-et-Meuse ». 

1863 


Rops réalise une de ses lithographies les plus célèbres : Un Enterrement au pays wallon qui sera diffusée à Paris par Cadart. Chef d’œuvre du réalisme et de la caricature, l’œuvre rappelle L’Enterrement à Ormans de son aîné Gustave Courbet. Par l’intermédiaire d’Alfred Delvau, il rencontre l’éditeur français Auguste Poulet-Malassis qui s’attache à promouvoir la réintroduction de l’eau-forte dans le livre illustré. Leur collaboration sera fructueuse : 34 frontispices verront le jour entre 1864 et 1871, essentiellement pour des ouvrages érotiques des XVIIIe et XIXe siècles. 

1864 


Baudelaire est, je crois, l’homme dont je désire le plus vivement faire la connaissance, nous nous sommes rencontrés dans un amour étrange, l’amour de la forme cristallographique première : la passion du squelette, avait écrit Rops à Auguste Poulet-Malassis. Baudelaire visite Namur en mai et la rencontre sera fondatrice dans l’oeuvre du jeune artiste belge. C’est également Poulet-Malassis qui introduit Rops auprès de son futur maître ès eau-forte : le graveur parisien Félix Bracquemond. 

1866 


Poulet-Malassis publie les Epaves, un recueil rassemblant les poèmes censurés des Fleurs du Mal. Rops en réalise le frontispice et conçoit, dans ce même « espace du rêve baudelairien », La Mort au bal, La Mort qui danse et autres Mors syphilitica. Il illustre par ailleurs un ouvrage phare de la littérature belge de langue française : La Légende et les aventures d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak de son ami Charles De Coster. A Paris, il rencontre Edmond et Jules de Goncourt, auxquels il dédiera en 1867, sa Parisine, d’après Manette Salomon, héroïne du roman des deux frères. Il s’immerge de plus en plus dans le milieu littéraire de Paris qui le captive. Il en deviendra en quelques années l’illustrateur le plus demandé. 

1868 


A Bruxelles, Rops participe activement à la fondation de la « Société Libre des Beaux-Arts » dont il deviendra le vice-président. Ce groupe d’artistes ne défend pas une esthétique clairement définie mais, a pour but de réagir contre le dogmatisme qui serait la négation de toute liberté et de tout progrès. Apte à galvaniser les amitiés et les énergies, Félicien Rops entraîne vers son Namurois natal les jeunes artistes et écrivains qu’il fréquente dans les cercles d’avant-garde de la capitale. Il est en effet un des pivots de la « Colonie d’Anseremme ». Il y reviendra jusqu’en 1880 retrouver ses amis belges, s’adonner à sa passion pour la botanique et peindre de nombreuses vues de la vallée de la Meuse. La mer du Nord sera un autre de ses points d’ancrage dans son pays natal. Celle-là est un peu ma maîtresse aimée, écrira-t-il. 

1869 


Rops fonde, à Bruxelles également, la « Société Internationale des Aquafortistes », qui a pour ambition de rénover l’eau-forte en Belgique et de créer une chalcographie. Il accepte de donner des leçons de gravure au château de Thozée où il réside fréquemment avec sa famille. La suite des Pédagogiques, passionnantes du point de vue technique, naîtra de cette initiative. 

1874 


Rops s’installe définitivement à Paris où il vit avec Aurélie et Léontine Duluc, rencontrées six ans plus tôt. Il nouera de nombreuses liaisons amoureuses, mais seuls ses rapports avec ces deux soeurs, couturières de leur état, auront un caractère durable. De Léontine, il a une fille, Claire qui épousera l’écrivain belge Eugène Demolder en 1895. Aurélie mettra au monde le petit Jacques en 1892, mais l’enfant ne vivra que quelques jours. Il voyage en Norvège et en Suède et en ramène de nombreuses esquisses. 

1877 


Captivé par « l’impression psychologique de son temps », Rops s’attache à peindre « ce qu’il sent avec ses nerfs et voit avec ses yeux » des vices et des passions modernes. Fort de cette approche « réaliste » de la société, il composera entre 1875 et 1882 : Le Bouge à matelots, Le Gandin ivre, L’Attrapade , La Dèche... D’une pérégrination aux antres malsains, il ramène une saisissante Buveuse d’absinthe dont il déclinera la fulgurance en plusieurs versions. Il découvre la Bretagne. 

1878 


Année d’intense création artistique. Rops explore de nouvelles voies dans le domaine du dessin. Il travaille au Scandale et réalise deux de ses chefs-d’oeuvre: La Tentation de Saint- Antoine et Pornocratès. A la peinture réaliste et psychologique de la prostitution qui l’avait retenu jusque là, succède ainsi une vision allégorique et ironique de l’emprise du sexe sur la réalité humaine. La suite des quatre Dame au pantin, réalisée de 1873 à 1890 en sera un autre exemple. C’est aussi l’année où Rops entame pour un bibliophile parisien, Jules Noilly, la réalisation des Cent légers croquis sans prétention pour réjouir les honnêtes gens. Il y déclinera ce fameux « demi-nu moderne » dont il est l’inventeur. 

1879 


Rops réalise des croquis de mode pour la Maison Duluc et grave des planches avec dessins marginaux, très recherchées des amateurs d’estampes. Il se rend en Hongrie. Des notes de voyage qu’il aurait dû publier dans Le Figaro, il ne reste que des feuilles éparses avec textes et croquis : Les Ropsodies hongroises. 

1880 


Il découvre l’Espagne d’où il ramènera des vues de Tolède, de Séville, de Madrid, de Grenade... Ce voyage lui inspirera également La Dernière Maja et Perle d’Alabaceyn. Fait exceptionnel chez cet artiste épris de confidentialité, il expose plusieurs de ces études au Cercle des Arts de la rue Vivienne à Paris. 

1881 


Rops entame une collaboration qui durera plus ou moins deux ans avec la maison d’édition belge Gay et Doucé, pour laquelle il réalisera treize frontispices d’inspiration « cythéréenne ». Les Rimes de joie de Théodore Hannon paraissent au terme de longues années où Rops a tardé à en réaliser l’illustration tout en influençant leur conception. La préface est de Joris-Karl Huysmans. Rops travaille aussi pour Henry Kistemaeckers, dans une même veine bibliophilique. 

1882 


Rops compose la suite saisissante des Sataniques : cinq dessins aquarellés, préludes à la série de gravures avec texte de l’artiste que commentera Joris-Karl Huysmans dans Certains. Joséphin Péladan les qualifie de poème de la possession de la femme par le diable, où Rops s’élève jusqu’à Dürer en étant Rops plus que jamais. 

1883 


Fondation à Bruxelles du « Groupe des XX ». Rops, considéré comme le chef de file de l’avant-garde belge, est invité à y participer. Joséphin Péladan publie un premier texte sur Rops dans L’Esthétique au Salon de 1883. D’autres suivront. L’auteur définit l’art de Rops selon une formule devenue célèbre : L’Homme possédé de la femme, la Femme possédée du Diable. A cette époque, délaissant la peinture stricte de la vie moderne, Rops poursuit la réflexion entamée avec Les Sataniques et se tourne vers un art symbolique. Deux des frontispices qu’il réalisera pour Péladan seront révélateurs de ce changement : Le Vice suprême et L’Initiation sentimentale. A l’initiative de Péladan, Rops rencontre Jules Barbey d’Aurevilly pour lequel il illustre Les Diaboliques, une suite qui procède de la même réflexion esthétique. 

1884 


Rops acquiert la propriété-refuge de la Demi Lune à Corbeil Essonnes, en bords de Seine, aux portes de la forêt de Fontainebleau. 

1886 


Pornocratès fait scandale à l’exposition des XX. Rops exposera à ces mêmes cimaises en 1887, 1889 et 1893. C’est à cette époque que débute sa collaboration avec le graveur liégeois Armand Rassenfosse. Ensemble, ils chercheront de nouvelles techniques de gravure et inventeront un venis mou transparent, le « ropsenfosse ». 

1887 


Rops effectue un voyage aux Etats-Unis en compagnie des soeurs Duluc qui prospectent le marché américain pour leur maison de couture. Il se rend à New York, Baltimore, Chicago, Ottawa, Montréal, Québec... Rops ne donnera aucune suite au projet de rédaction d’un guide intitulé Strange America, dont il parle pourtant abondamment lors de son périple. 

1888 


Paul Verlaine lui demande de concevoir le frontispice de Parallèlement. Ce n’est qu’en 1896 et pour illustrer Chair, que Rops répondra à la demande. Rops dont la santé se fragilise, travaille de plus en plus dans l’atmosphère paisible de la Demi-Lune, sa propriété d’Essonnes près de Paris. Il y donne libre cours à sa passion pour la botanique et crée de nouvelles variétés de roses. La peinture lui apparaît comme un refuge. 

1896 


Une rétrospective de ses oeuvres est programmée à l’Hôtel Drouot, parallèlement à la sortie de presse du numéro spécial qui lui est consacré par la revue La Plume. 

1896-1897 


Rops expose à Bruxelles, à La Libre Esthétique. 

1898 


Rops meurt le 23 août, dans sa propriété de la Demi-Lune, entouré de Léontine, Aurélie, Claire et ses amis les plus intimes.