Cahier 12
La restauration de la toiture du château

Communication de Thierry Lanotte

Préambule et conception générale

Préalablement à la présentation du dossier technique " Toiture " qui initie à juste titre et dans l'urgence cette consultation, je voudrais d'une part, remettre en évidence les motivations de ma participation à ce travail et d'autre part, dégager quelques options fondatrices d'une politique qui devrait permettre de guider la rénovation et la scénographie de ce lieu de Mémoire.

 
De l’espace muséographique à la scénographie du lieu: une approche théâtrale

Ma première visite à Thozée m'a amené d'emblée à percevoir ce site comme une grande mise en scène d'une fragment de vie du peintre. Côté cour, l'approche en travelling du massif boisé du site, le passage du porche et le long déroulement dissymétrique des murs et toitures de la ferme créent une avant scène tout à fait poignante et mystérieuse du lieu. Côté jardin, le changement d'axe apporté par le remodelage de l'aile droite du château, brisant la symétrie d'origine XIXe, dégage une ouverture oblique sur les terrasses, l'étang et le parc, créant une dynamique spatiale tout à fait étonnante et d'autant plus surprenante que le XIXe siècle est généralement figé dans le principe de la symétrie axiale.
L'intérêt architectural majeur du château résulte du potentiel de cette métamorphose visuelle entre cour et jardin. Il m'apparaît donc avec évidence que toute intervention architecturale sur le château ne pourra se réaliser qu'en référence permanente à la dynamique spatiale de l'entièreté du site. La restauration du bâtiment n'a de sens que si elle s'inscrit dans le réaménagement synthétique du lieu, y compris les constructions de la ferme (en tout ou en partie), les terrasses, l'étang et le parc.

De quelques options fondatrices pour la restauration

Toute la conception globale de l'étude de restauration me semble devoir être fondée sur la définition d'un rapport avec l'ensemble du site non pas basé sur l'opposition "Historicisme-Modernisme" mais plutôt sur une approche dialectique qui prend simultanément en compte les spécificités respectives du passé et du présent.

Le château comme articulation entre cour et jardin. Un lieu de mémoire et d'accueil

Comme décrit ci-dessus, le château tient tout son intérêt de sa position d'interface entre l'entrée, la ferme, la cour, leurs murs opaques et l'ouverture sur le parc, les terrasses et l'étang. Au centre de gravité de cette transformation, ce bâtiment focalise la lecture du site et toute la mémoire historique et littéraire qui s'y rattache. Dès lors, il se donne avec évidence comme lieu d'accueil, d'information et d'étude (bibliothèque, archive). S'il ne représente pas en soi une valeur architecturale exceptionnelle, temoin patrimonial du XIXe siècle, c'est plutôt à travers ses altérations et ses modifications successives au cours du temps qu'il offre le plus d'intérêt.
L'approche que je propose autorise une décrispation par rapport à une vision strictement " archéologique " et dispense d'une démarche très coûteuse qui consisterait à épurer le bâtiment dans le souci de reconstituer une situation d'origine, d'ailleurs bien souvent mythique. La reconnaissance de sa valeur patrimoniale relative justifie d'adapter avec souplesse les interventions aux contraintes d'une réfection nouvelle, définie par un projet culturel. Toutefois, afin de maintenir la valeur de mémoire des espaces et pour éviter des modifications de la structure du plan et des décors, je suggère d'harmoniser la programmation avec l'échelle du lieu : accueil, information, salle de réunion et de rencontre, bibliothèque, archives, salles d'expositions, etc. et, d'autre part, de détacher toutes les interventions nouvelles dans les bâtiments de la ferme qui présentent des espaces moins contraignants au départ.

La ferme comme avant-scène, côté cour

L'impression mystérieuse dégagée dès l'abord du château, depuis le porche d'entrée, tient essentiellement par l'opacité et l'articulation souple et continue des bâtiments de ferme. Cette " surdité " spatiale qui donne toute la gravité du site me semble devoir être protégée à tout prix. Même si les surfaces existantes dépassent largement celles nécessaires au programme culturel envisagé, une stratégie de sélection des volumes à maintenir doit être étudiée dès le départ du projet global.
L'intervention architecturale extérieure sur les volumes concernés doit être extrêmement discrète, laissant la majesté et l'abstraction des murs de pierre intactes. Elle ne devrait permettre l'apport éventuel de lumière naturelle que par des incisions continues sur les surfaces. A l'intérieur, une liberté architecturale peut être envisagée, pour répondre d'une part, à la programmation nouvelle et contemporaine des lieux et, pour en faire un véritable outil de création et d'étude et, d'autre part, pour marquer une présence contemporaine de notre culture.

Colloque "Le château de Thozée, monument classé et lieu de mémoire", Mettet, le 10 octobre 1999